Archives quotidiennes : 15 mars 2012

Le voyage au long cours

De la confiture de lait, littéralement « douceur de lait », c’est bien ça le « dulce de leche ». C’est la douceur que s’arrachent les Argentins ! Tout ceux qui ont répondu avaient deviné. Au petit déjeuner par exemple, c’est vraiment très bon … Et encore une fois, ici à Buenos Aires, ça semble être une institution.

Buenos Aires, nous y restons huit nuits. Une éternité pour notre voyage. Nous terminons une période un peu particulière de sédentarité intense. Si on met de côté la nuit d’escale à Santiago, nous venons de faire seulement trois lieux de séjour en vingt-cinq jours : Nouméa, Sydney et Buenos Aires donc. Initialement, ce ralentissement n’est pas vraiment un calcul. Il se fait naturellement. Nous pensions depuis quelques temps déjà que rester plus longtemps au même endroit est aussi une manière très agréable de voyager. La découverte est plus profonde. Je crois que nous avons définitivement évacué la frustration de ne pas « tout voir absolument ». Et puis lorsqu’on enchaîne les sites touristiques à longueur de semaine, on ressent peut-être une envie de freiner.

Ce ralentissement offre plusieurs avantages : le rythme des séries 7, 8 et 9 du CNED est serré. On aimerait bien faire le « break », au sens tennis du terme, et prendre un peu d’avance sur les cours. En conclusion, en ce moment, ça bosse !

Ca bosse mais ça joue quand même pendant les pauses : pour les grandes, Monopoly sur tablette android (c’est super pratique !) et pour Mady, des histoires inventées. Je suis toujours surpris de voir comment Mady joue avec trois fois rien. En ce moment, quatre figurines de Alvin et les Chipmunks lui suffisent. Petite correction, il faudrait juste deux figurines en plus, celle de Britany et d’Eleonore pour avoir l’équipe complète (dommage que les Mc Do australiens aient arrêté un peu tôt d’en placer dans les menus enfants). Depuis que nous avons vu le film, un tas d’histoires sortent de son imagination. Régulièrement nous renvoyons des colis en France. A chaque fois, nous mettons des jouets auxquels elle ne s’intéresse pas. Quand je pense aux mètres cubes de jeux entassés dans sa chambre à Marseille …

Par ailleurs, les filles apprécient de rester plus longtemps au même endroit, pour avoir un rythme plus tranquille. Or les mois d’avril et mai s’annoncent intenses en déplacements. Un peu de repos aux ¾ du parcours devrait nous permettre de bien gérer la fin du marathon et d’éviter, on espère, le « mur  du 30ème kilomètre ». Un voyage autour du monde, serait-ce fatiguant pour les enfants ?

En vivant en appartement toute une semaine, personnellement, j’apprécie de faire des choses simples, et observer les comportements des gens dans leur quotidien : comprar una flauta o empanadas a la panaderia (acheter une baguette de pain ou des empanadas à la boulangerie), ir al peluqueria por caballeros (aller chez le coiffeur pour hommes). Le métier de coiffeur est tout à fait universel. Mais après sept visites depuis le début du tour du monde, j’aime bien comparer l’accueil, les outils, l’efficacité, la minutie, de chaque « perruquier » rencontré …

A ce jour, le plus épatant d’entre eux est un Cambodgien.

Buenos Aires est une très grande ville, une agglomération de 13 millions d’habitants. Evidemment, nous n’en voyons qu’une infime partie mais en restant sept jours, on arrive à « prendre le pouls » de la ville. Ce n’était pas le cas dans les autres métropoles du sud que nous avons traversées (je pense à Bangkok et à Jakarta), faute de temps …

De prime abord, la capitale argentine est une ville sans grand cachet. Quelques larges avenues et grandes places rappellent l’époque mégalo de la dictature.

On découvre ensuite une très belle architecture d’influence européenne, plutôt sud-européenne d’ailleurs.

C’est l’influence espagnole évidemment mais aussi italienne, allemande, polonaise. La forte croissance de la ville du début de XXème siècle fut possible grâce à une forte immigration européenne. D’ailleurs, les Argentins et en particulier les Portenos (habitants de Buenos Aires) revendiquent fièrement cette origine. Un proverbe argentin dit : « Les Mexicains descendent des Aztèques, les Péruviens descendent des Incas et les Argentins descendent des bateaux ».

A propos de bateaux, nous nous promenons un après-midi sur les quais de Puerto Madero. C’est l’ancien quartier des docks. Comme dans de nombreuses villes portuaires du monde, il a été récemment réhabilité. Puerto Madero a été transformé à coup de millions de dollars (appartements de luxe, bars, restaurants, hôtel Hilton) … Sur la photo, on remarque le Puente de la Mujer, réalisé par un architecte contemporain, et une ancienne frégate transformée en musée et dans laquelle on célèbre … des messes catholiques.

En déambulant dans les quartiers centraux de la ville, on remarque assez vite le puzzle social. Recoleta et Palermo, ce sont les arrondissements de l’ouest de Paris.

Le « centro » est délabré, mais animé et commerçant durant la journée.

Les quartiers pauvres sont plus en périphérie, mais pas très loin tout de même. Près de la gare de Retiro, la misère est visible.

Dans chaque parc public, on rencontre plusieurs sans-abris. A la nuit tombée, de nombreux cartoneros se déplacent dans les quartiers centraux pour récupérer des cartons à recycler.

L’inégalité de richesse de Buenos Aires est frappante. Certes, c’est le lot de nombreuses grandes villes du sud, mais dans quelle mesure la capitale de l’Argentine est-elle sévèrement touchée par la misère ? Selon différentes sources ayant intérêt à manipuler les chiffres dans un sens ou dans l’autre, le nombre d’Argentins vivant en 2011 sous le seuil de pauvreté serait compris entre 15% et … 40% …

Ce n’est pas réjouissant, mais bien réel. Il ne faut pas longtemps pour constater la pauvreté, importante et croissante, des très grandes villes du sud, Buenos Aires étant un exemple … Voilà, au revoir la capitale, nous reprenons la route …

Un car nous emmène à Rosario, à presque 300 kilomètres vers le nord.

Et là, nous « sortons du guide ». Cela signifie que nous entrons dans une région qui n’est plus documentée par notre guide de voyage. D’accord, nous avons une édition assez peu fournie (à ce sujet je commence à avoir un avis bien tranché sur lequel, du GDR ou du LP, est le meilleur éditeur de guide de voyage). Quoiqu’il en soit, la zone est forcément peu touristique. D’ailleurs, en cherchant sur internet les données relatives à Rosario, on nous informe surtout que c’est la ville de naissance de deux célébrités : un révolutionnaire marxiste principalement connu pour son action à Cuba et un talentueux footballeur, récent auteur de 5 buts en ligue des champions. Mais une ville qui met en avant le fait qu’elle a vu naître telle ou telle personnalité, fussent-elles Ernesto Che Guevarra ou Lionel Messi, c’est qu’elle n’a pas grand-chose à montrer …

Pas grave, au contraire, en plus de prendre le temps, c’est une chance avec ce voyage au long cours de « sortir du guide », de temps en temps …

Fred.