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Misiones

Misiones, c’est le nom de la province argentine où nous sommes depuis près d’une semaine. C’est un bout de territoire au nord-est du pays, coincé entre le Brésil et le Paraguay. Dans la province de Misiones, il reste un peu de forêt tropicale, ce qui tranche avec le reste du territoire argentin que nous avons traversé depuis Buenos Aires.

Jusqu’ici les paysages, c’était plutôt des champs de soja à perte de vue. En Argentine, la culture du soja génétiquement modifié, soutenue par les pouvoirs publics et savamment orchestrée par quelques firmes nord-américaines, se substitue à vitesse grand V à l’élevage bovin né lors de la colonisation espagnole.

Voici par exemple, deux photos prises lors du trajet Rosario – Santa Fé, à une heure d’intervalle, cent kilomètres quoi …

 A San Ignacio, petit village tranquille de Misiones, la forêt dense n’est donc pas très loin. Je le constate lors d’une sortie de jogging, où après avoir déjoué le piège de quelques chiens enragés, j’ai l’impression de courir sur une voie rectiligne qui transperce la forêt amazonienne. Des pistes en latérite rouge prolongent les deux rues bitumées principales qui se croisent à angle droit au centre du village. La ville est endormie, à peine perturbée par quelques voitures de marque française. Les anciennes voitures françaises, très bien conservés, ça semble être d’ailleurs une spécialité du pays.

A San Ignacio, la chose à voir, ce sont les ruines d’une mission jésuito-guarani des XVII et XVIIIèmes siècles. Présenté ainsi, ce n’est pas le genre d’attractions qui emballent les filles. Isa est circonspecte. Quant à moi, après Angkor au Cambodge, j’ai une certaine attirance pour les « vieilles pierres ».

Bon pour faire ultra-simple, au XVIème siècle, des missionnaires jésuites sont envoyés dans la région par l’Eglise pour évangéliser et « civiliser » les Indiens mais aussi les protéger de l’asservissement de colons espagnols et marchands d’esclaves. Un état autonome est créé sur un territoire correspondant aujourd’hui à la province argentine de Misiones, un morceau du Parana brésilien et le sud-est du Paraguay. La structure sociale est originale, s’appuyant en partie sur le modèle d’organisation des indiens guarani. Une trentaine de villages christianisés, soit près de cent cinquante mille habitants, vivent durant plus d’un siècle en complète autonomie dans des conditions tout à fait avant-gardistes pour l’époque (alphabétisation totale, communauté de biens, journée de travail de six heures, temps libre consacré à la musique, la danse, le tir à l’arc …). Voilà, l’histoire d’une société dont on peut tirer certaines leçons.

Aujourd’hui, il ne reste que des ruines, certaines sont inscrites au patrimoine mondial de l’humanité. Celles de San Ignacio sont les mieux conservées.

Au delà de l’histoire, ce qui est intéressant avec un site qui mêle ruines et forêt tropicale, c’est que ça fait un beau terrain de jeu pour les photos. Dommage, à « Angkor 2 » (surnom des ruines donné par Lena et Cléo), le soleil n’est pas vraiment au rendez-vous.

Après ces deux jours un peu hors du temps, nous reprenons la route vers le nord, direction Puerto Iguazu, notre lieu de séjour pour aller voir les plus larges chutes d’eaux du monde. Encore une fois et malgré le potentiel touristique du site voisin, le village est tranquille. Pour les rues, la latérite rouge est remplacée par un revêtement en pierre (qui ne sont pas des pavés).

Mady a magnifiquement relaté notre journée aux chutes. Elle n’ a peut-être pas assez parlé de l’aménagement du site.

Les chutes d’Iguazu, côté argentin, c’est un parc d’attractions, avec ses avantages et inconvénients. Il y a un monde fou (on aurait peut-être dû éviter de venir un samedi). On fait la queue à la gare de train qui nous conduit aux départ des passerelles. Sur place, la nourriture est hors de prix. On doit la défendre des attaques de coatis. Les bons côtés, c’est que les passerelles permettent de « vivre » les chutes à quelques mètres seulement, au-dessus, au-dessous, de côté, partout.

Les sentiers sont aménagés avec des points de vue panoramique.

En amont des cataractes, la passerelle fixée dans le fleuve surplombe littéralement la Garganta del Diablo. On se sent bien petits, comme la luette suspendue au-dessus de la gorge …

Voici une vidéo (59 sec) de la « Gorge du Diable » :

Pour les amateurs de sensations fortes, tout est prévu : saut à l’élastique ou approche en bateau du salto San Martin. Ca bouillonne fort. Douche et adrénaline garanties.

C’est marrant de voir à quel point les plus grandes chutes d’eau du monde peuvent être approchées de manière différente. Les chutes Victoria en Afrique, c’est la puissance à l’état brut. On les découvre par des chemins certes aménagés mais on les voit sans doute comme les a vu David Livingstone la première fois. Iguazu a un côté « Aqualand version tropicale » qui souligne la capacité de l’homme à aménager son environnement pour le rendre plus attractif.

Au final, le site des cataractes d’Iguazu est absolument magnifique : végétation luxuriante, force de la nature, lumière exceptionnelle et tempête de ciel bleu le jour où nous y étions.

La journée aux chutes, ça creuse et samedi 24, on ne pouvait pas non plus rompre avec une tradition instaurée depuis le début du voyage, à savoir, les anniversaires au resto. Alors souvenez-vous, après «L’éléphant» à Luang-Prabang (Laos) en novembre, «Chez Simone» à Poindimié (Nouvelle-Calédonie) en février, la «Guillotine» à Sydney en début de mois, nous voici au «Color», restaurant typiquement argentin avec ses spécialités de parillas.

Nos amis argentins de Santa Fé nous ont bien régalé de viande. Il nous fallait tout de même goûter une bonne pièce de bœuf (celui qui est nourri au soja génétiquement modifié).

Avant cela, il faut faire un peu de conversion, comme avec les monnaies. Nous savons maintenant que les portions ne sont pas les mêmes que chez nous. J’ai fait un petit mémo de quantités qui pourra nous resservir en Amérique du sud si les habitudes alimentaires sont les mêmes :

  • Viande : 1 portion argentine = 3 portions françaises
  • Frites : 1 portion argentine = 2 portions françaises
  • Légumes (ou assimilés) : 1 portion argentine = 1/2 portion française

Voilà Mady semble contente de sa soirée.

Nous avions un objectif de longue date, que nous pensions atteindre en Argentine : faire une sortie de cheval. Les ranchs de gauchos ne sont pas légion dans le coin, pas plus qu’à Santa Fé. Mais à la grande joie des grandes, nous trouvons enfin un centre équestre. Ouf ! Un chauffeur de taxi bien sympathique nous y emmène. D’une main, il tient son volant et son portable, de l’autre son verre de maté (qu’il me tend et me propose de goûter quand il parle au téléphone !).

Les chevaux Paloma, Tormenta et Al Capone (prononcer Al Caponé) nous promènent ensuite sur un beau parcours à travers la forêt environnante.

Isa et Mady, pendant ce temps s’attendrissent devant une portée de chatons âgés de quelques jours seulement. Et si on en prenait un avec nous pour le reste du voyage ?

Aujourd’hui, nous passons une frontière. Je ne pouvais pas terminer un article sur l’Argentine sans parler une dernière fois de dulce de leche. Une devinette : combien de temps faut-il à cinq gourmands armés de cinq cuillères pour venir à bout d’un demi-litre de glace dulce de leche con granizado ?

Fred

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