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En quittant le chemin des Gringos

Et voici Lima, capitale du Pérou. Elle est belle n’est-ce pas la façade de la cathédrale, lors des illuminations nocturnes ? Le baroque liménien est un des trésors d’architecture de la ville …

Voilà déjà deux semaines que nous sommes au Pérou.

Nous avons vu de très belles choses, mais personnellement, ce que je retiens avant tout de notre parcours, c’est sa forte dimension touristique. Au Pérou, nous avons touché du doigt les méfaits du tourisme de masse, tout particulièrement à Machu Picchu : le site archéologique ne peut pas raisonnablement recevoir 2 500 visiteurs quotidiens sans perdre son esprit de sanctuaire, sans menacer la structure des constructions. La petite ville d’Agua Calientes n’a pas les moyens d’accueillir des wagons de passagers sans risquer la sécurité des voyageurs et probablement sans dégrader les conditions de vie des populations locales. Les autorités touristiques de Cuzco gèrent le phénomène en faisant une sélection par l’argent (billet de train, de l’entrée sur le site en forte hausse). Voici donc que naît un tourisme de luxe, qui profite à qui ? La société péruvienne est fortement inégalitaire …

Bref, nous avions envie de sortir des sentiers battus, de quitter « le chemin des Gringos » … Faire Cuzco – Lima par la route d’Abancay et d’Ayacucho était une idée. Au delà de la sécurité politique (il reste des groupes armés du Sentier Lumineux ?), le trajet en bus aurait duré plus d’une vingtaine d’heures. Stop. Nous prendrons l’avion, pour un vol de quatre-vingt minutes.

Juste avant ça, nous passons  à Cuzco une dernière soirée très sympathique et très instructive avec Chrystel, une française qui vit au Pérou depuis dix ans et travaille justement dans le tourisme comme accompagnatrice. Elle nous parle de la vie à Cuzco de manière très concrète. Merci encore Chrystel pour ton témoignage complet … Et tes enseignements sur les spécialités culinaires péruviennes.

Plus tôt que nous l’imaginions donc, nous voici à Lima, grande métropole de huit millions d’habitants, qui ne vit pas que du tourisme … Le trajet en taxi de l’aéroport au centre nous rappelle une fois de plus la dure réalité des bidonvilles sud-américains. Encore des kilomètres de misère traversés …

Lima n’a pas forcément la côte auprès des visiteurs. Première raison, le ciel. Durant la moitié de l’année, une brume côtière (la garùa) envahit la ville, et le ciel prend l’aspect «  d’un plafond en coton, lourd, plat et humide » comme décrit par un écrivain local.

Et c’est vrai que ce ciel, ça donne une drôle d’allure à la ville. Pas très engageant. Les aigles sur les feux de signalisation ressemblent à des vautours. On a l’impression qu’il va pleuvoir, mais il ne pleut jamais …

Près de l’océan, dans le quartier chic de Miraflores, il faut prendre un parapente pour espérer approcher le soleil …

Lima est une grosse ville, plutôt sale et encombrée. Il faut prendre un peu de temps pour apercevoir ses charmes. C’est très bien comme ça.

Par exemple, une spécialité du centre-ville, ce sont ses magnifiques balcons.

Une autre, c’est les façades d’églises dans le style churrigueresque (j’ai appris le mot il y a trois jours …), c’est-à-dire un baroque très ornemental.

D’une manière générale, je n’ai jamais vu autant de belles églises au kilomètre carré. Les intérieurs ne sont pas mal non plus. A condition d’aimer lorsque c’est « exubérant », « chargé ».

Une troisième caractéristique, ce sont les … Péruviens … Sur la plaza des Armas, beaucoup de gens viennent prendre des photos et se faire prendre en photos …

Mais finalement, avec ce ciel lourd et gris, les meilleures photos nous les faisons de nuit. Un soir par exemple, nous allons au Parque del Agua, un jardin où l’on trouve des fontaines et des jeux de lumière.

A part ça, pour continuer à mettre de la joie à Lima, nous retrouvons les Savary !

Nous avions rencontré cette famille bretonne tourdumondiste au Vietnam puis au Cambodge. Depuis décembre, les Savary ont beaucoup traîné au Myanmar, en Australie et en Polynésie. Ils viennent juste d’arriver en Amérique du sud. Nous ressentons beaucoup de choses à échanger avec des gens qui ont la même vie que nous. Le temps d’un déjeuner, nous bavardons sur nos expériences … Tiens, les enfants ont épuisé tous les jeux de cartes, il est déjà 17 heures … Les prochaines retrouvailles devront avoir lieu en Bretagne ou à Marseille.

A Lima, nous partons pour une sortie en mer, depuis le port voisin de Callao. Ici, les porte-containers côtoient les bateaux de pêche et les petites embarcations de transport.

Le tour que nous achetons prévoit de nous emmener voir les animaux marins de  l’île Palomino. Nous sommes seulement neuf touristes sur le bateau pour cette excursion de quatre heures. Et pas d’autres bateaux en vue. Sur le trajet, des centaines de méduses se laissent dériver dans les eaux de la côte. Notre guide Jésus nous explique : « la pullulation des méduses est assez exceptionnelle et il faut savoir qu’entre 15 et 19° C, la température de l’eau est anormalement élevée pour la saison. »

Nous passons au large de l’isla San Lorenzo, une des plus grandes îles du Pérou. Bien que qu’elle soit totalement recouverte de sable, sans végétation et sans eau douce, cette île est exceptionnellement habitée. Elle abrite une base de la marine militaire.

A l’avant du bateau, il ne fait pas froid mais le vent et les embruns nous obligent à nous couvrir (Anne, Jean-Michel, nous avons finalement bien fait de garder encore un peu nos anoraks).

Nous approchons de l’île Palomino, dont le petit air lugubre n’est pas sans rappeler l’île Noire de Tintin.

Sur cette île, vit une colonie d’environ huit mille lions de mer (un autre nom est « otaries  à  crinières »). D’emblée, par la mauvaise odeur et le bruit, cela nous rappelle les phoques du Cap Cross en Namibie. Ca grogne, ça crie, ça gémit. Les animaux sont agressifs. Chaque mâle doit défendre un territoire qu’il réserve pour ses dix ou quinze femelles.

Allons observer ces lions de mer d’un peu plus près …

Pour cela, il faut nager dans une eau grise à moins de 20°C, éviter les méduses et gérer la houle qui nous emporte sur les rochers. Nous sommes deux à suivre Kafet, qui lui plongera sans combinaison et sans gilet de sauvetage. Les lions de mer sont agressifs sur l’île, mais dans l’eau du Pacifique, ils sont pacifiques … paraît-il. En fait, ces otaries sont curieuses et elles viennent nous voir dès que nous arrivons dans l’eau. J’ai beau me dire que ces animaux sont mes copains, je ne suis pas complètement à l’aise avec ces mastards de 150 à 300 kgs qui nagent autour de moi, se dressent, plongent d’un côté pour réapparaître d’un autre côté.

Moins de dix minutes après le saut, il est temps de rentrer. C’est vrai ça, ne dérangeons pas plus longtemps ces gentils animaux !

Le bateau repart vers les petites îles Cavinzas, qui abritent des manchots de Humboldt et de nombreuses espèces d’oiseaux comme les pélicans.

Sur ces îles, les hommes ont construit des murets pour que les milliers d’oiseaux marins viennent se poser facilement, faire leurs besoins et faciliter ainsi la récolte du guano (excréments d’oiseaux qui servent à la fabrication d’engrais).

Le retour de la sortie en mer se fait en longeant à nouveau la grande île.

Les islas Palomino ne sont pas les Ballestas encore moins les Galapagos, mais elles ont ce gros avantage de ne pas être trop « courues » …

A Lima enfin, nous nous régalons. La ville se vante d’être la capitale sud-américaine de la gastronomie. C’est probablement vrai. La cuisine est variée, étonnante, quelques plats typiques valent vraiment le coup (l’aji de gallina, le ceviche, le saltado de lomo …). Toute la famille apprécie. Dans cet élan de gourmandise, Mady se délecte d’une crèpe au chocolat … Il lui en reste encore sur les joues.

Voilà, ainsi s’achèvent ces quelques jours très agréables à Lima, après quelques activités banales comme passer une dernière fois à la poste, chez le reprographe, chez le coiffeur …

Pour finir, une devinette. Voici un pichet de boisson, la Chicha morada.

Mais qu’est ce que la Chicha morada ?

  • a) un vin chaud mélangé à des écorces de cacao.
  • b) une bière noire de type Guiness complétée par du lait de lama mousseux.
  • c) une boisson à base de maïs violet et aromatisé aux ananas, pommes, clous de girofle et cannelle.

A bientôt. Fred

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